Supervision et humanité commune: merci

Cher.ère collègue,

Depuis la mi-mars, je vis tout comme toi une série de chamboulements et de stress associés à l’arrivée de la COVID-19. Tout comme toi, j’ai mes bonnes et moins bonnes journées et je suis sans cesse confrontée à des remises en question sur ma propre gestion personnelle de cette crise dans mes différentes sphères de vie :

  • J’ai eu peur pour mes enfants vulnérables, en imaginant des scénarios catastrophes.
  • J’ai réfléchi à la possibilité de donner l’école à la maison, pour ensuite réaliser que c’était impossible. L’Émilie Pronovost au fond de moi est morte, à ce moment.
  • Je me suis choquée d’être la seule à porter mon masque à l’épicerie.
  • Je me suis questionné sur mon exposition aux trop nombreux reportages télé.
  • J’ai été prise de cours en devant faire un Zoom dans ma salle à coucher : bonjour l’enjeu de frontière, bien accotée sur ma table de chevet!
  • J’ai passé des nuits entières à vivre du stress intense face à ma connexion Internet et j’ai très souvent entendu mes enfants jouer dehors en me culpabilisant de ne pas être avec eux.

Mais surtout, et c’est ce qui a été le plus insidieux, c’est que j’ai eu l’impression de faire les choses à moitié dans toutes mes sphères de vie.  Soudainement, je suis devenue médiocre dans mes différents rôles, ceux mêmes qui faisaient ma fierté et qui ont forgé mon identité au fil du temps.

J’ai donc dû réapprendre de nouveaux points d’équilibre, en y consacrant une grande partie de mon énergie.

Aujourd’hui, je peux dire que j’ai repris le pouvoir sur mes journées. Et je dois t’en remercier puisque tu y es pour quelque chose : avoir le privilège de te superviser, toi et tes collègues, m’a permis de prendre un pas de recul et de me sentir moins seule et plus outillée.

 

Humanité commune, quand tu nous tiens!

Le principe d’humanité commune, c’est ce petit ingrédient actif qui nous ramène au fait que lorsque nous vivons quelque chose, nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas seul.e. Et la supervision est un vecteur professionnel essentiel à cette humanité commune. D’où mon grand bonheur d’y participer comme superviseure, mais comme personne humaine aussi, tout simplement.

De cette position, je suis une témoin privilégiée : j’ai un certain pas de recul et mon rôle est de circulariser l’information échangée afin que tous puisses bénéficier de nos échanges. Il m’arrive de donner certains points d’ancrages théoriques, de laisser la conversation déraper puisque je vois un enjeu caché qui soudainement est mis en lumière. Je m’émerveille souvent devant la vulnérabilité que certains d’entre vous laissent échapper, en constatant la minute suivante combien le soutien et la bienveillance du groupe apaise si efficacement les cœurs souffrants. Oui cher.ère collègue, le soutien mutuel est une source intarissable de compassion et nous devons l’utiliser autant que possible.

Cher.ère collègue, je veux te remercier pour ta confiance. Tu fais de moi une meilleure personne et par le fait même, une meilleure T.S., maman, amoureuse et jardinnière.

 

Chaleureusement,

 

Une superviseure privilégiée

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