Quand l’intervention fait résonner des émotions difficiles

Bien maline celle qui peut prétendre avoir été en mesure, dès le début de sa carrière, de prédire ce que la bulle thérapeutique allait lui faire vivre émotionnellement tout au long de sa carrière.

Plusieurs d’entre nous ont été écorchées par un ou des traumatismes dans le passé. Bien que ce ne soit pas toujours le cas, il y a fort à parier qu’un client ou une cliente, un jour ou l’autre, appuiera sur un déclencheur qui sera l’amorce d’un remous émotionnel intérieur en lien avec ce vécu. Et tu sais quoi, chère collègue?

Ce processus est tout à fait NATUREL.

Tu n’es PAS ANORMALE.

Tu peux tout de suite te libérer de ce fardeau et t’offrir un peu de douceur : tu as le droit de vivre des émotions difficiles en intervention et cela ne t’enlève en rien tes capacités et tes forces.

Nous, les humains, avons cette caractéristique qui se nomme « l’ humanité commune ». Tout le monde souffre à un moment ou à un autre. Lorsque notre rôle d’aidante nous amène à nous confronter à la détresse des autres au quotidien, nous pouvons avoir la tendance à mettre la nôtre de côté au profit d’une réaction de compassion envers l’autre.

Pourtant, s’offrir de la compassion et reconnaître nos propres vulnérabilités, c’est aussi aider quelqu’un. C’est s’aider SOI.

Depuis quand « soi » ne compte plus comme quelqu’un à part entière? Avec ses portions lumineuses, tout comme celles plus ombragées.

 

Je dois être la seule

Lorsque tu crois être la seule à vivre quelque chose et que tu n’oses pas poser une question en groupe de peur d’être jugée « à côté de la traque », dis-toi qu’il y a certainement plusieurs autres personnes qui se posent la question.

 

L’anxiété du DKN 1C

Te rappelles-tu, lors de nos années au baccalauréat? Il y avait toujours un cours dans un grand amphithéâtre rempli à craquer qui exposait du contenu pas très clair, issu d’un livre trop cher et avec une épaisseur proportionnelle à sa platitude? Te rappelles-tu t’être posé une question tout en te ravisant sur-le-champ de peur d’être jugée :

« Je dois être la seule à me poser la question… »

« Le prof va clairement trouver que ma question est stupide. »

« Approche existentielle-huma quoi? J’ai-tu manqué un chapitre moi? »

« Hein, examen éclair? Isabelle avait raison : j’aurais dû lire ce foutu plan de cours. »

 

Quand cette humanité commune se transpose en intervention

En intervention, il est naturel de :

– vivre des remous émotionnels qui nous ramènent dans nos expériences difficiles du passé.

– avoir le réflexe de vouloir se réfugier sur notre liste d’épicerie lorsque notre client aborde du contenu traumatique qui devient un peu trop intense pour ce que nous sommes capables de prendre ce matin-là.

– se comparer à des collègues en se disant « elle a l’air d’assurer grave! Pourquoi moi je suis toute à l’envers et pas elle? »

– ressentir dans son corps une lourdeur dans le ventre, l’estomac ou la gorge quand une portion de l’intervention m’échappe et que j’ai l’impression de ne plus contenir efficacement le processus.

 

O.K. Je fais quoi alors?

Il existe plusieurs choses accessibles que tu peux faire si ce que je viens de te décrire arrive dans ton quotidien. Nous en parlons d’ailleurs abondamment dans chacune de mes formations.

Le premier pas, pour aujourd’hui, est plutôt simple mais efficace : reconnaître que tu peux être vulnérable et chamboulée émotionnellement en intervention. C’est ce qu’on appelle l’humanité commune, qui est un des trois principaux ingrédients actifs de l’autocompassion.

Et rappelle-toi :

  1. Ta vulnérabilité est tout à fait NATURELLE.
  2. Tu n’es PAS ANORMALE.
  3. Tu es toi aussi digne de compassion. Prends l’initiative de t’en offrir abondamment.

 

Chaleureusement,

Julie

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